Les chocs post-traumatiques

 

Un choc post-traumatique survient plus souvent que l'on pourrait le croire. Ce phénomène touche : les victimes de guerre, les accidentés crâniens, les survivants de catastrophe naturelle, de violence armée, physique, psychologique et sexuelle. 

Les symptômes reliés au syndrome de stress post-traumatique sont : une sensation de terreur lancinante, un ou des flashback(s), des phobies, de l’hyper vigilance, de la difficulté à se concentrer, une humeur instable, des cauchemars, de la difficulté à dormir, de la fatigue, une perte d’appétit ou tout le contraire, de la difficulté à faire confiance, une perte de tendresse, de désir, de l'autopunition, être consumés par la honte et la culpabilité au point de s’isoler et de vouloir mourir. 

Si vous vous reconnaissez dans ce tableau, vous pourriez souffrir d’un syndrome de stress post-traumatique. 8 % de la population canadienne souffrait de ce mal en 2021 selon Statistique Canada. Ce chiffre est beaucoup plus élevé, car il s’agit des données des gens qui ont consulté. 

Le syndrome de stress post-traumatique apparait lorsque le cerveau n’arrive plus à gérer le stress normalement. Il y a un choc émotionnel qui submerge la personne. Dès qu’elle est en contact avec un potentiel danger ou quelque chose qui lui rappelle un danger, elle ne réagit pas normalement. Elle semble déconnectée. Elle se taie. Elle ne fait rien. Habituellement, une personne qui vit un stress intense lors d’une attaque utilise l’adrénaline pour se dégager de l’emprise ou pour se sauver : elle crie, attaque ou fuit. Si cela ne fonctionne pas, elle gèle sur place et le cortisol arrive au cerveau pour anesthésier l’esprit quand la charge est trop lourde. À la longue, les hormones de stress comme le cortisol et l'adrénaline s'accumulent dans le corps et peuvent causer des problèmes cardiovasculaires, ainsi que de l'addiction.

Il est possible d'oublier et de vivre une fragmentation. Le corps se rappelle de l’agression, mais la tête non. Une partie de la mémoire autobiographique est emprisonnée. C’est souvent par un flashback que le souvenir revient. Selon une enquête française 40% de la population agressée sexuellement vit une amnésie partielle. Au Québec, il n'y a pas encore de données précises sur le sujet.

D’habitude on apprend à discerner les comportements dangereux de ceux qui sont inoffensifs. Pour une personne atteinte du syndrome de choc post-traumatique, elle n’arrive plus à relativiser. Elle fuit, attaque ou gèle sur place n’importe quand. Certaines connexions neurologiques sont coupées. Cela créé toutes sortes de disfonctionnement comme la perte de la compassion pour certains, de l’apathie, de la dépréciation pour plusieurs et souvent des idées suicidaires. 


Plus nous nous exposons et plus nous sortons de la honte qui est encouragée par le tabou. Plus nous en savons sur ce problème et plus il sera aisé de choisir l’approche qui nous convient. Parfois, cela demande une médicamentation, donc une consultation professionnelle.

L’IVAC nous propose près d’une dizaine de thérapies subventionnées comme la consultation psychologique, avec un sexologue, pour le soutien social, l’EMDR, l’hypnose traditionnelle, la thérapie cognitive-comportementale, la physiothérapie. Ils existent d’autres approches qui ne sont pas mentionnées ici.

J’ajoute à cette liste : le yoga, la méditation, L’ICV Intégration du Cycle de la Vie, l’acupuncture, le EFT Emotional Freedom Technique, la randonnée et le chamanisme. Vous en connaissez sûrement d’autres. J’aimerais que vous me les partagiez. Pourquoi ? Parce que nous réagissons tous différemment aux traitements. Je connais des gens qui sont allergiques à la méditation et qui préfère la marche ou la course. L’important, c’est de revenir à soi en gardant le contact avec le présent. S’incarner. Le syndrome nous éloigne de notre senti.  

Dire notre vérité est essentielle. J'ai trouvé dans la communication non violente de Rosenberg ainsi que dans la communication authentique de Colette Porcelance des pistes de réflexion et de la pratique. Chez nous, il n'y avait pas de respect dans nos échanges. J'ai compris en étudiant les deux approches que mon comportement était malsain. Je ne disais pas ce que je ressentais, car j'avais eu l'habitude d'être ignorée, ridiculisée ou varlopée. Je ne respectais pas mes limites. Je ne connaissais pas l'exposition de mes besoins et je n'entendais pas ce que je devais entendre. Charmée et être séduite m'importaient plus que me responsabiliser. J'utilisais les gens comme des bouées. Mes amitiés étaient conditionnées, je n'allais pas au bout de ma pensée. Je voulais être prise en charge.

J'ai vécu près de 40 ans dans l'ancien programme où j'avais l'impression que je n'avais pas ma place et que cela allait de soi car la prendre allait m'attirer le rejet.

Très peu de personnes comprennent ce problème à l’extérieur des centres spécialisés. J’ai rencontré tellement de victimes d’inceste qui ont banalisé ce qui leur est arrivé au point de s’oublier. Une coach de vie m’a avoué ne pas avoir dénoncé son agresseur, car cela n’avait pas d’importance. Elle venait de témoigner à la cour pour sa mère qui avait été agressée par le même homme. 
  
Mon expérience 

Avant de comprendre ce qui m’arrivait, je croyais qu’il était normal de m’assujettir, de douter des gens, car j’avais appris à ne pas me fier à mes racines. Mes relations amoureuses étaient loin d’être harmonieuses. Aujourd'hui, je n'en ai plus. La peur de me retrouver en danger dans l'intimité me fait fuir. Je suis tombée plus d'une fois sur un pervers narcissique. Cette dynamique a un nom : le trauma complexe. 

Avant de poursuivre, je veux que vous sachiez que chaque expérience diffère. Le trauma complexe ne survient pas automatiquement, mais l'empreinte laissée par nos tuteurs, oui.  L'enfant s'attache aux premières personnes qui prennent soin de lui.  

Bruno Clavier, psychanalyste, auteur et thérapeute spécialisé dans les violences sexuels présente dans cette vidéo les marqueurs que l'on retrouve chez plusieurs victimes d'inceste. Il est courant d'après ce médecin, que les personnes vivants avec l'amnésie d'une agression se retrouvent avec des gens qui possèdent la même violence.

Malgré mes 24 ans de méditation, mes deux ans de thérapie avec une psy et une multitude de traitements tous azimuts, je comprends que j’ai besoin de faire le chemin avec un groupe pour revenir à la confiance, en dénonçant et en partageant mon histoire. 

Chacun de nous aura à surmonter ses peurs à sa manière. Pour moi, faire confiance aux autres est mon défi. Cette rééducation m’est très difficile : elle demande un abandon au thérapeute. Ma famille a travaillé dans le milieu de la santé. On m'a répété que je fabulais et que je n’en valais pas la peine. Que je souffrais de folie. 

La pression sociale est lourde. Vous le savez. Chacun de nous a à négocier avec des proches habituellement violents. Que ce soit de manière physique et/ou psychologique, il nous faudra des années à intégrer les bons contacts, mais surtout, continuer autrement. 

J’ai déjà rencontré quelques spécialistes en santé mentale et l’empreinte laissée par mes tuteurs s’étiole doucement. Il y a en moi assez de confiance, pour poursuivre avec et vers d’autres. Je ne vous aurais pas confié ce côté de moi qui m’a tant blessé, en sachant que plus j’en parle, je prends de l’assurance. Le secret et la honte n'ont plus le même effet sur moi et je suis ouverte à la guérison intime.

Chaque personne réagit différemment et le traitement est également personnalisé. Pour plusieurs, la médecine traditionnelle fera la job. Dans mon cas, je combine. En ce qui a trait au traumatisme générationnel, je me réfère au chamanisme. Pour ma tête, je consulte. 

Un cerveau se régénère. Avec beaucoup de lenteur, mais surtout beaucoup d’acceptation de soi. Se juger ou se mépriser n’aide pas du tout. Le but est d’arriver à un état d’acceptation (à ne pas confondre avec résignation). Le corps se répare à son rythme et à sa manière. Si vous souffrez d’un besoin de contrôle comme moi-même, vous aurez besoin d’un profond lâcher-prise sur la suite. Certains s’en sortent bien et d’autres travaillent très fort avec des résultats moins encourageants. Ici, il n’y a pas une solution, mais des combinaisons thérapeutiques. Un psychologue ne sait pas tout. Lorsque survient une réaction comme la dissociation référence, il arrive que le thérapeute réactive son client, au lieu de l’aider. La guérison traumatique demande beaucoup de collaboration, car la recherche se développe en vitesse grand V depuis 20 ans. C’est une spécialisation. Par ailleurs, le thérapeute doit se poser la question : Suis-je habileté ? Est-ce que j'ai l'ancrage ? Est-ce que mon client me déstabilise ? Les histoires sont perturbantes. La compassion et le lâcher-prise vont de pair. Le lien de confiance se bâtit avec les besoins et limites de chaque parti.

La transparence est requise. Autant du côté du thérapeute que du client. Pour guérir, il nous faut être honnête envers nous-mêmes et les autres. Si nous demeurons avec les gens qui nous maltraitent, cela ne sert pas à grand-chose de poursuivre avec un traitement thérapeutique. Pour bien vivre avec ce sérieux problème qu’est l’inceste, nous avons besoin d’un solide entourage qui communique sainement et changer nos habitudes. L’inceste est un problème social. 

Chaque famille devrait se concerter et agir en conséquence. Les familles qui abusent de génération en génération leurs enfants refusent généralement de le reconnaitre et transfère la responsabilité sur la victime. Le lien est corrompu. 

C’est cela la partie la plus difficile. C’est long et ce tout exige beaucoup de rigueur. Les personnes souffrant de trauma complexe ont tendance à aller vers du connu : des liens toxiques. 

Réapprendre à notre cerveau à faire confiance aux bonnes personnes, se fait petit pas, après petit pas. Voilà pourquoi, je crois que ce blogue pourrait vous servir et m’aider à la fois. Vous avez des clefs que je n’ai pas encore. C’est à vous de jouer ! Le réseau c’est la force. 

Voici un lien vers une conférence sur les particularités de l'inceste animée par de très grands chercheurs, des victimes et des spécialistes en santé mentale française. Je souhaite qu'au Québec nous puissions nous éduquer et partager les découvertes sur les approches thérapeutiques nous permettant de nous dégager des séquelles de l'inceste.

Michèle Rhéaume


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