Work in progress
Ce blogue s’adresse à toute personne qui a vécu un épisode incestueux. Il s'agit de mon journal et je souhaite y créer un espace avec des entretiens. J’invite les gens, qui ont su composer avec ce grave problème, à partager leurs conseils pour les jours plus sombres. J’en bénéficierai et certains d’entre vous probablement !
Je ne suis pas thérapeute. Je réapprends à vivre avec un choc post-traumatique.
J’ai été violée par quelques personnes dont mon grand-père paternel. Pendant des années,
j’ai vécu sans souvenir. Cela m’a permis d’avoir une vie à peu près vivable. Pour
la raison que j’ignorais, je portais une blessure qui m’empêchait d’accéder à
l’amour et l’estime de moi-même. Lorsque les flashbacks ont fait surface, cela a créé une telle perturbation que
j’ai voulu m’enlever la vie.
Je souhaite que ce blogue devienne un pont entre ceux qui réapprennent à mieux vivre avec ce choc et ceux qui ont déjà tracé leur chemin socialement. Je vous invite à vous manifester !
Si une fille sur cinq et un garçon sur 10 ont vécu une agression sexuelle avant l'âge de 18 ans, nous sommes probablement près d’une personne sur dix à d’abord vivre avec le secret de l'inceste. ( Voir référence de la Fondation Marie-Vincent ) Nous sommes peu à dénoncer. Selon moi, nous n’avons pas en avoir honte ni à nous cacher, pour un crime dont nous ne sommes pas les auteurs.
Avec le temps, j’ai fait la connaissance de victimes de l’inceste
qui m’ont montré à verbaliser ma souffrance. Depuis quelques années, je
consulte. J’ai vécu un très long déni, car cette réalité ne pouvait pas être
embrassée. Plus j’en parle et mieux je me sens. L’inceste, c’est comme une
maladie chronique. Je ne l’ai pas choisie. Elle m’est tombée dessus. J’ai tenté
de m’en cacher, je l’ai même sublimée. Je n’ai plus de contact sexuel depuis
très longtemps. Je suis loin de l’intimité avec l’autre. La route est tortueuse
quand le lien de confiance est brisé.
Ma famille biologique ne fait plus partie de ma vie, ni mon ancien
cercle. La peur de répéter ce qui m’a été fait a saboté mes rêves de mère. Il
m’est très difficile de me lier dans l’intimité. Toutefois, je suis épaulée
professionnellement.
Mon cas –hélas- est loin d’être isolé. La plupart des personnes
qui ont vécu un inceste se retrouvent tôt ou tard en marge de leur communauté.
Nous dérangeons ! Voilà pourquoi ce blogue m’est si cher. Je souhaite, par le
biais de celui-ci, créer un réseau d’entraide. Il pourrait exister un endroit sur ce blogue où les gens pourraient
partager leurs trouvailles.
Avant de dire les choses, j’étais dans la honte. Des phobies me
terraient. Depuis que je parle de ces crimes sexuels, mon corps, ma tête et ma relation
aux autres se portent beaucoup mieux. Je n’ai plus peur de me raconter et
surtout de dénoncer ce crime. Voilà pourquoi je m’expose. Je crois que toute
personne qui a été abusée peut devenir son propre guide et peut s’affranchir de
plusieurs peurs. Entre le silence et le dire, il y a un monde !
Un sondage provenant de la France[i] révèle qu’un Français sur
deux ayant vécu un épisode incestueux songe au suicide ou est passée aux actes.
Ce n’est pas un problème individuel, mais de société. La pédophilie a toujours
existé. Ce qui tue, c’est le silence et surtout l’ostracisation. Les organismes venant en aide aux victimes d’actes criminels
existent. Pour tous ceux et celles qui veulent sortir de cet enfer, il y a du
soutien et c’est pour cela que je me lance dans cette croisade. Parler d’un
dernier tabou : l’inceste.
Même si nous (les femmes) sommes plus nombreuses à subir l’inceste, les garçons comme les filles sont des cibles. Les abuseurs ont
plusieurs visages également. Les femmes peuvent avoir un comportement inapproprié et agresser sexuellement des enfants, des adolescents et bien sûr des adultes. Leur nombre est moins grand, mais demeure signifiant (voir statistiques de INSPQ).
Je viens d’une famille où le problème a perduré d’une génération à une autre. Je pourrais dire que c’est un pattern. Des abusés devenus des abuseurs. Dans mon cas, il s'agit de deux grands-parents.
Selon moi, l'éducation à un mieux être, c'est une responsabilité familiale. Quand celle-ci ne protège pas ses enfants et qu'il s'agit de la nôtre, nous devons nous prendre en main. Pour ce qui est de l’estime de soi, du respect et du savoir-vivre, cela s’apprend par l’exemple. L’école peut donner des pistes, mais le chemin vers la guérison est d’abord une décision. Personne ne peut être forcé à guérir.
Je ne sais pas comment prévenir ce problème. Je sais seulement me soigner. Les mémoires sont partagées avec ma
thérapeute et je peux lâcher-prise sur celles-ci. Cela ne veut pas dire que
j’oublie. Je tends à m’identifier au flot de la vie. Pas aux idées. Ceci
dit, il y a des jours plus difficiles. Durant ces moments, je vis ma journée
à petites bouchées.
Je ne crois pas que je guérirai complètement de mon passé
incestueux. Par contre, je peux m’ouvrir davantage à l’amour de moi-même et développer de meilleurs liens.
J’ai développé en 20 ans des outils pour mieux gérer mon anxiété
et la culpabilité. Je vous les offre. Vous les trouverez dans mon précédent blogue
: Verbe et pensée.
Michèle Rhéaume
Références : Statistiques de la CALACS : http://www.rqcalacs.qc.ca/statistiques.php
Statistiques de l’Institut national de santé publique du Québec :
https://www.inspq.qc.ca/agression-sexuelle/statistiques
Statistiques sur les femmes abusives :
https://mobile.inspq.qc.ca/agression-sexuelle/fiches-thematiques/les-agressions-sexuelles-commises-par-les-femmes
[i] Ipsos, l’inceste : un drame qui poursuit ses victimes toute leur vie, Étienne Mercier, 7 mai 2010
[ii] Fondation Marie-Vincent, Traverser l’inimaginable et retrouver l’espoir, campagne publicitaire avec statistiques, Montréal, 2021
[i] CPIVAS, Statistiques. Service d’aide aux enfants et aux adultes de Laval au Québec.